LE MONDE DE LA DANSE N'A PLUS D'ETOILES

Publié le 8 Juillet 2009


Les médias sont encore une fois un facteur néfaste à notre société, à nos enfants, à nos grands passionnés de danse. Ils les attirent par le biais des émissions télévisées, des clips vidéos, d’Internet, en leur apportant comme récompense (ou plutôt comme appât) : l’Argent. Les valeurs et les codes du mouvement hip-hop de la danse urbaine laissent place à la prétention, au matérialisme et à la gloire. Dans nos yeux, il ne s’agit plus d’étoiles illuminées face à notre passion mais aux dollars comme Oncle Picsou. L’argent et les médias se lient et prennent le dessus sur nos danseurs même talentueux !


Où sont passées nos valeurs, ces instants où l’on dansait juste pour s’exprimer ? Ces moments où l’on se contentait de donner le meilleur de soi-même sans rien attendre en retour ? Ils ont été remplacés par une volonté surdimensionnée de devenir célèbre, de se faire de l’argent avec leurs prestations scéniques, leurs interprétations et d’obtenir des cachets. Et vous, chers pionniers de cette danse, squattant les battles médiatisés, les écoles ou les gares à la recherche de nouveaux talents, qu’attendez-vous pour réinitialiser la vraie valeur de la danse hip-hop? Où sont ces pionniers qui suivaient le chemin d’Afrika Bambaataa et de son mouvement ? Je ne pense pas qu’ils aient disparus enfin je ne l’espère pas car dans chaque danseur sommeille un Aka Kalyan AASIM. Il est temps de réagir! Nos danseurs d’aujourd’hui se comportent comme des enfants gâtés, issus de la haute bourgeoisie alors que plus de la majorité émanent des banlieues. Ils en ont oubliés leur origine ainsi que l’origine de leur passion.

 

« Rappelons- nous que c’est grâce à leur musique, leur idéologie et leur créativité que le monde de la danse n’acquit. »

 

Le message d’Afrika Bambaataa était : « Je suis venu te prendre la tête pour te faire voir ce qu’il y a derrière les étoiles. Laisse tomber les ondes négatives qui guident tes pas vers la violence et suis nous, tu découvriras alors la puissance de la créativité qui sommeille en toi ».

« Cette puissance de la créativité » se découvre en soi par la danse, par nos mouvements, par notre façon de s’exprimer. En suivant ces règles on danse pour le plaisir, pour s’exprimer. Or, ces valeurs, ces principes, ces règles ne sont plus présents chez nos jeunes danseurs. Chacun de nos mouvements est devenu calculateur du futur, chaque pas doit impressionner et on ne pense plus au ressentiment mais à ce que ça peut rapporter financièrement! Le monde « strass et paillette » a envahit le nôtre en imposant son mode de vie. Nous ne dansons plus pour captiver nos émotions, nous ne dansons plus pour le bien que cela nous procure, nous ne dansons plus pour l’art lui-même…NOUS DANSONS POUR L’ARGENT !

 

 «  La nouvelle génération quant à elle détruit cette belle image, elle danse uniquement pour l’argent et être célèbre. »

 

Qu’est devenu le monde de la danse ? Qu’est devenu ce monde magique où chacun des pas, chaque mouvement, chaque phase ou chorégraphie d’un danseur nous faisait ressentir des émotions fortes, des sensations extrêmes, allant de la joie par un sourire à la profondeur émises par nos larmes …

Et bien nous en sommes arrivés là, à ce point, puisque la danse est devenue un art très populaire. Elle est bien évidemment plus accessible par la télévision.

Par exemple, l’émission « Dancefloor » qui a débarqué le 8 septembre 2008 sur la chaîne TF1 présentait comme divertissement des passionnés de danse qui s’affronte sur une piste et il ne restait qu’un vainqueur, même émission d’ailleurs que nos amis anglais « Strictly Come Dancing » sur la chaîne BBC.



Ces émissions montrent que chaque individu peut danser. Par conséquent, les téléspectateurs se sentent concernés, l’audience augmente et les médias gagnent un paquet d’argent…sur le dos de nos danseurs, sur le dos de la danse ! Le monde artistique passionne les enfants, les adolescents et les adultes, la télévision l’a très bien compris et s’en sert très bien à son propre profit. La popularité de la danse attire les grandes puissances médiatiques mais cette popularité a rendue victime le monde de la danse. Nos danseurs sont-ils victimes ou vicieux ? Dans les deux cas, il est important de signaler que tant bien les danseurs que les médias ne sont pas toujours sur de bonnes intentions. « Ce qu’il faut savoir c’est que les médias ne sont pas nocifs pour cette culture et au contraire ils sont utiles pour la mettre en avant mais il faut l’utiliser à bon escient, mais ce qui va faire la différence est la mentalité » nous affirme Loïc aka  Speedylegz du crew parisien Criminalz lors de l’interview. Les médias ne respectent pas la danse par le biais de certaines émissions (divertissement, télé-réalité) et ils ne respectent pas ces origines ainsi que ces valeurs.


Si la télévision ne respecte pas la danse alors c’est aux danseurs d’imposer le respect qu’elle mérite. Car sans la danse, sans l’art que sommes-nous ? Nous ne sommes rien sans musique, sans danse! Il est triste que de nos jours, les danseurs courent après l’argent sans penser au respect, aux principes de cette culture et de la danse. Aujourd’hui, on danse pour plaire, on danse par concurrence comme pour le commerce face au Marché, à la Bourse. On danse pour avoir de la puissance, elle est devenue aussi une arme de séduction, on danse pour plaire en soirée. On danse pour rabaisser autrui et on en oublie le fair play qui existait auparavant. Le respect mutuel lors des battles n’est plu de ce monde, il est décédé. On danse par prétention, pour passer à la TV, et le pire c’est que l’on ne danse plus par pur plaisir mais par intérêt pour l’argent et la célébrité !


La danse est une passion, elle se vit on doit l’aimer et la comprendre, ne l’oubliez pas !

Prenez plaisir à danser, à s’exprimer sans rien demander en retour et ce sera non pas la gloire sur les chaînes télévisés mais une gloire intime et auprès de tous les pionniers du hip-hop. La télévision profite de la danse. Elle rapporte à la société, on médiatise donc cet art, et, la danse parait aux yeux de certain être un emploi. La télévision est donc devenu un nouvel employeur. On ne pense plus à l’art mais au gain qu’il rapporte. D’ailleurs nos artistes – intermittents du spectacle, mêmes des danseurs – manifestent à plusieurs reprises comme cette grève du 28 janvier 2009*. Evoquons la grève de 2004, un article sur le site http://www.cgt.fr concernant ce mouvement paru le mardi 10 août 2004 et mentionne « […] Parce que la culture n’est pas une marchandise, comme les autres, parce que l’expression artistique offre du rêve, du plaisir, de l’émotion mais aussi des espaces de réflexions et de tolérance, il faut garantir aux métiers du spectacle des droits statuaires et des revenus décents. » Encore une fois, cela prouve que de nos jours, l’art tel que la danse n’est plus pratiqué par plaisir par amour mais uniquement servi pour se procurer des billets, des pièces…cela est bien dommage de se servir de notre passion à des fins financières.


On dansait  pour nous exprimer, évacuer les stress de la vie quotidienne, la haine notre rage face aux injustices de la société, face aux discriminations, face à la pauvreté. Eddy Defretin – danseur indépendant – participant au collectif : 4 The Sound – nous remémore les débuts de la danse hip-hop « On dansait dans les rues, aux ghettos, on se contentait d’un morceau de carton au sol et d’une chaîne hi fi. On dansait n’importe où sans avoir besoin d’une salle où répétait ou d’un miroir  pour se regardait. Mais aujourd’hui la danse prend une autre dimension, on danse plus pour le regard des autres que pour soi-même.» En effet, l’ancienne génération dansait partout, dansait pour l’art, danser pour soi, danser par Amour. La nouvelle génération quant à elle détruit cette belle image, elle danse uniquement pour l’argent et être célèbre. La belle époque et ces souvenirs ont disparus sous les lumières des projecteurs et des cachets fournis par un manager.


N’oubliez pas les origines de la danse urbaine. On peut faire connaître sa passion et non se faire connaître, mais on ne doit pas tomber dans l’extrême. Alors danser pour votre propre plaisir, pour celui de votre public mais ne danser pas pour l’argent. Ce n’est pas ça la danse, ce n’est pas dans nos codes de moralité, nous nous devons de comprendre, d’adopter et d’assimiler une ligne de conduite irréprochable et en bonne conscience, sentiment partagé par Abdelsamaad danseur de la compagnie nancéenne Street Harmony « La danse délivre une sorte de message universelle comme pour une religion. La danse et moi on se comprend. »

Vous êtes des CIBLES, les victimes de la société et il vous faut vite ouvrir les yeux de manière à protéger notre passion, notre vie: la danse.

                                                                                                                                                                            Pour conclure, je dirais qu’il est très important de préserver notre passion sans s’en servir à titre lucratif, nous nous devons de respecter ces valeurs, il s’agit quand même de tout un contexte historique. Alors chers danseurs, chères danseuses, devenez les nouveaux messies, continuez vos performances car oui la danse a évolué grâce à vous mais ne vous laissez pas «  domestiquer » par le maître des médias. Sauver l’image de la danse dans votre vie de bohème. J’espère que la danse restera ancrée à nos cœurs, à notre corps et non à notre portefeuille ou nos écrans télévisés, et si cela devait arrivé, alors les étoiles seront de retour dans cet univers merveilleux.



* Grève du 28 janvier 2009 : Les techniciens et artistes alternent, du fait de leur métier, des périodes de travail et de non travail. Pour pallier ce problème structurel, des "allocations chômage" sont versées aux intermittents, ce régime spécifique et unique au monde étant régi par les annexes 8 et 10 de l'UNEDIC (Union Nationale interprofessionnelle pour l'emploi dans l'industrie et le commerce). Depuis 1997, les intermittents doivent justifier de 507 heures de travail accomplies sur une année pour toucher les allocations durant un an. Un système que le MEDEF combat et assimile à des privilèges exorbitants, d’où la grève des intermittents du spectacle.        


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Rédigé par Linda

Publié dans #CULTURE

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