LE TONTON REVOLUTIONNAIRE DE TOUS

Publié le 28 Février 2011

C’est en ce Mardi 18 Janvier que nous nous sommes retrouvés, nous autres reporters et journalistes, au musée du quai Branly pour interviewer le grand monsieur qu’est Tiken Jah Fakoly.
C’est dans cette salle où les voix des journalistes se mêlent aux flashs des photographes qui ajustent leurs objectifs qu’un silence presque religieux tombe. Tiken Jah Fakoly fait son entrée, mettant fin à ce brouhaha infernal.
 

Son charisme et ses allures de grand sage impressionnent la foule de journalistes, pourtant, c’est avec humilité qu’il nous parle de l’Afrique et de cette « semaine Africaine » qui se déroulera à partir du 13 juin à Paris et qui se terminera le 18 juin par son concert à Bercy.
C’est Tiken Jah Fakoly que Freezmix a interviewé. Son visage est illuminé par un grand sourire qui tente de couvrir, telle une éclipse. Mais son regard est triste empli de nostalgie, celui d’un homme qui en a trop vu.
 

Parlant de cette « semaine Africaine » et du concert qui la clôturera, Tiken nous explique à quel point la prise de parole est plus importante que le concert en lui-même. Cet évènement, important pour lui, est l’occasion de parler de ce continent en plein processus de démocratisation, ce continent qui n’est pas extraterrestre, et qui a connu des moments difficiles. Il rappelle à l’assemblée que l’Afrique à subi 400 années d’esclavage et que la libération « totale » de ses pays s’est faite il n’y a que cinquante ans de cela.
Cet évènement marque une date importante car elle symbolise le bilan de sa carrière depuis 1997, année où il s’est produit pour la première fois en France dans une petite péniche en face  de la bibliothèque François Mitterrand.

Alors que la Côte d’Ivoire vit une période difficile, Tiken défend les valeurs de l’Afrique et se place, encore une fois, comme le porte-parole des sans-voix. En effet, Tiken remarque qu’il n’y a pas assez d’artistes pour jouer le rôle de porte-parole ce qui constitue un réel handicap à la propagation des valeurs africaines :
« Personne ne changera cette image à notre place et personne n’est là pour dénoncer ce paternalisme. Aujourd’hui on a la possibilité de passer des messages et de changer cette vision. A Bercy, le 13 juin, j’attends des Africains qu’ils prennent la parole. Nous nous retrouvons avec une photocopie de l’Indépendance et nous souhaitons la copie originale ! »
 

Tiken soulève un point important, une question qui résume la situation en Afrique :
« Pourquoi sommes-nous riche et la population est pauvre ? »
La défense des intérêts des africains ne peut se passer dans la désunion. Il soutient que l’unité est la seule porte de sortie : « Quand tu vois comment les frontières ont été tracées, tu te rends vraiment compte de cette volonté de diviser le peuple » dit-il.


Il prend comme exemple de cette union la Tunisie, la considérant comme porteuse d’espoir, un model de peuple qui a décidé d’aller au-delà des différences de religions, de régions et d’ethnies pour défendre l’intérêt commun. Il dénonce dans la lancée l’hypocrisie de la France :
« La France respecte la Chine pour son économie, on oublie l’aspect politique et on accueille le Président chinois en France en faisant presque la courbette, à ce moment-là on ne parle plus des droits de l’homme » ajoute-t-il d’un air outré. Tiken, ce révolté.


Tiken Jah Fakoly-01 

Et lorsque l’on demande à cet homme dont les gestes et la voix demeurent calmes alors même que le vers s’anime s’il garde aujourd’hui le même optimisme, celui-ci répond par la positive, en précisant d’ailleurs qu’il s’adresse directement au peuple, à ces jeunes qui ne savent pas ce qu’ils font en insistant sur le fait qu’ : « on ne peut pas révolutionner l’Afrique avec une jeunesse qui a la main tendue. Cette jeunesse doit comprendre que l’ennemi c’est le gouvernement et non pas la personne qui est d’une ethnie ou d’une religion différente. L’Afrique est le continent de l’avenir, celui où tout reste à faire. […] On dispose de toutes les matières premières dont les pays occidentaux ont besoin pour leur développement. On a la clef en main. »

 

Le message de l’appel du 18 juin sera donc adressé à la jeunesse africaine, à la diaspora : « si on veut que nos enfants aient une politique différente que celle que l’on a connu et que l’on connait aujourd’hui il faut que l’on parle et il va falloir s’intéresser à tout, prendre la parole, la politique ce n’est pas que les présidents et les politiciens, la politique ne doit pas se faire sans le peuple. Ce sera aussi un message de prise de confiance, il faut que la jeunesse africaine garde espoir. La diaspora a toujours eu un rôle important dans les révolutions sur le continent africain » (il mentionne Malcolm X, Martin Luther King, etc.)
 

Tiken base sa carrière sur l’aspect éducatif  avec son concept « un concert = une école ». Il explique que l’éducation est à la base du développement et que l’école va réveiller les populations en leur ouvrant les yeux sur le monde. En récoltant des fonds grâce aux concerts qu’il donne il dit n’apporter qu’une contribution au développement du continent.
Tiken, cet éternel humaniste.

On dit de lui qu’il est hostile à la célébration de la commémoration de l’indépendance de l’Afrique ; il s’explique : « On n’est pas vraiment indépendants car on ne décide pas des choses sur le continent. Il ne faut pas faire croire aux gens que nous sommes indépendants, c’est faux. Je n’accepte pas que l’ancien colon vienne demander à faire des festivités pour une pseudo-indépendance ! Notre communauté doit arracher cette indépendance ! ». Tiken, cet eternel révolutionnaire !


INFORMER, EDUQUER, ET DISTRAIRE sont les mots d’ordre de cette semaine africaine. Nous serons donc tous au rendez-vous pour contribuer à l’avancement de l’Afrique aux côtés de Tiken Jah Fakoly et de ses invités parmi lesquels on retrouvera le rappeur Soprano et la chanteuse nigériane Asa.

 

Nora aka Norita
 

 

Visionnage de la conférence:

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Rédigé par Nora

Publié dans #INTERVIEWS

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