Abdou N'Gom - Entre deux mondes

Publié le 19 Mai 2010

abdou

Fondateur de la compagnie Stylistik avec Clarisse Veaux, Abdou N’Gom aborde dans son solo « Entre-deux » le thème de l’identité. Ou comment trouver sa place dans un monde où la différence n’est pas toujours acceptée. Dans une esthétique superbement travaillée et une réelle approche des difficultés du métissage, le chorégraphe nous entraîne dans un spectacle émouvant et universel.

Coup de cœur Freezmix

 

                                                                   Interview menée par Maya Louhichi

 

Maya Louhichi: Peux-tu te présenter en quelques mots stp ?

Abdou N'Gom: Je m’appelle Abdou je suis danseur hip hop originaire de l’Oise et jeune chorégraphe.

Je co-dirige, avec Clarisse Veaux, la compagnie Stylistik basée à Lyon et fondée en novembre 2006. Donc même si c’est moi que l’on interview et que c’est un solo, il n’aurait pas été possible sans ma complice Clarisse. Et je tiens à ce qu’elle ne soit pas occultée. Merci ;-)

 

 

M.L: Quand as-tu commencé la danse ?

A.N: J’ai commencé la danse en 1999.

 

 

M.L: Pourquoi la danse hip hop en particulier ?

A.N: Même si j’ai toujours aimé danser, c’est après avoir vu les rencontres urbaines de danse hip hop à la Villette que j’ai vraiment commencé la danse hip hop. Ce fût pour moi un électrochoc de voir cette danse à ce niveau en 1998, alors que je pensais qu’elle s’était éteinte.

 

abdou4

 

M.L: Comment est née l’idée de ton spectacle ?

A.N: Dans Malka, ma première compagnie professionnelle, j’ai formulé la phrase principale qui allait être le départ de mon solo. « Lorsque je suis retourné dans mon pays natal, je me suis senti étranger ». Ce fût le point de départ de toute ma réflexion sur mon parcours, sur l’identité, sur mon identité, sur mes identités…

 

 

M.L: Pourquoi avoir choisi ce thème de l’identité ?

A.N: J’ai choisi ce thème par nécessité, car j’ai longtemps cherché mon identité puisque rejeté de toute part : étranger en France et étranger au Sénégal. Donc constamment dans un entre deux. J’avais besoin aussi de sortir de mon esprit tout ce qui m’avait traversé comme les blagues racistes, les regards biaisés et aussi les choses positives. Avec l’envie de dépasser tout cela et de toucher à l’universel car je pense que qui nous soyons, quelque soit l’endroit d’où nous venons, un jour nous nous sommes senti mal dans notre peau et avons voulu en changer...

 

 

M.L: Dans une partie du spectacle, tu danses dos au public. Peux tu nous expliquer pourquoi ?

A.N: Il y a plusieurs significations… Cela pourrait s’apparenter aux moments ou tu n’acceptes pas d’être regardé en face, ou tu fuis le regard de l’autre, des autres… Tu tournes le dos au monde pour te réfugier dans ta bulle. Jusqu’au jour où tu es obligé d’affronter le monde tel qu’il est et de tenter de t’affirmer en tant qu’être à part entière avec tes différences.

 

 

M.L: Il y a un moment où tu danses avec un masque sur le visage qui ne te permet pas de voir, comment as-tu fais pour te repérer dans l’espace ?

A.N: Il y a le son qui me permet de me repérer et cela dépend de mon départ. Je dois bien m’orienter au départ de la table. Il y a aussi le nombre de pas que j’effectue. Le plus dur étant de rester sur une ligne droite. Il y a eu beaucoup de ratés au départ et il y en encore car ça ne marche pas toujours. Je me suis déjà pris un mur et j’ai failli rentrer dans les projecteurs, donc je dois sans cesse travailler en fonction de la salle où je vais danser pour arriver à me repérer sans mes yeux.

 

 

M.L: Tu es né au Sénégal mais tu as grandi en France. Comment vis tu cette double culture au quotidien ?

A.N: Cela a été difficile plus jeune. Aujourd’hui grâce à la danse, aux diverses rencontres, et à mes voyages ça va beaucoup mieux et je considère cette double culture comme une force.

 

 

M.L: Tu dis que tu as souhaité être un autre, un blanc. Cela s’est il passé suite à un évènement particulier ?

A.N: Oui je devais avoir une dizaine d’année, et j’en avais marre des blagues racistes de la classe. Il y avait toujours une anecdote sur le noir de la classe qui faisait rire tout le monde sauf moi. Je suis rentré de l’école, je me suis planté devant mon miroir et….j’ai souhaité...

 

abdou1

 

M.L: Une forte esthétique se dégage dans le spectacle,  les jeux d’ombre, la lumière travaillée, les couleurs noir et blanc… Etait ce important pour toi de travailler autant l’esthétique que la profondeur dans ce solo?

A.N: Oui dans ce solo il était très important pour moi de travailler autant l’esthétique que le fond. Il y avait une sorte d’interdépendance : je voulais que l’esthétique serve le fond. Partir du superficiel, de l’extérieur, de ce que je m’applique en surface pour aller en profondeur et toucher l’âme...

 

 

M.L: Sur le tract de ton spectacle on peut y lire « Lorsque je suis retourné dans mon pays natal, je me suis senti étranger », peux tu nous expliquer ce sentiment ?

A.N: Eh bien c’est ce que j’ai éprouvé en retournant au Sénégal à l’âge de 17 ans. Je m’attendais à me sentir chez moi car noir. Eh non !!! Et je me suis rendu compte que l’identité c’est bien plus qu’une simple couleur. Pour eux j’étais français sans aucun doute… Dans les termes c’était même bien plus violent…..

 

 

M.L: Le métissage est considéré comme une richesse, mais il peut aussi être vécu comme un poids car on ne sait plus où se placer par rapport aux différentes cultures, qu’en penses-tu ?

A.N: Eh bien je pense que cela dépendra de comment chacun aura été éduqué, sensibilisé sur ce sujet.

Je pense que quelque soient nos différences ce seront toujours des richesses qui nous permettrons d’avancer et d’échanger avec le monde. Nos différences ne doivent plus être des poids….

 

 

M.L: La musique est très présente dans cette représentation, tantôt électronique, ethnique ; rythmée puis mélancolique, elle semble exprimer les sentiments du personnage que tu interprètes. Etait ce voulu ?

A.N: Oui les musiques choisies et composées devaient raconter quelque chose, me porter, me transcender.

Elles ont été choisies dans ce sens pour vraiment correspondre à mon univers, au thème, et aux sentiments du personnage et donc de la pièce dans son ensemble.

 

 

M.L: Quelles sont les prochaines dates de ton spectacle ?

- 28 Mai au festival « Bruits de la passion » à Villeurbanne

- 17 juin : Extrait du solo à la soirée anniversaire de la Maison de la danse de Lyon

- 26 juin à Reims

- Du 11 au 23 juillet au festival d’Avignon.

- 17 et 24 septembre au Croiseur pour la Biennale Off de Lyon

 

 

Un grand merci à Abdou

 

 

 

 

Crédits photos: Clémence Richier

© copyright tous droits reserves, ne pas reproduire sans autorisation

Rédigé par Maya

Publié dans #INTERVIEWS

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
<br /> j'aime<br /> <br /> <br />
Répondre